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SYLVIE LÉCUYER - GÉRARD DE

LES TROIS GLORIEUSES

(27, 28, 29 juillet 1830)

Avoir 20 ans en 1830 ! C’est sans doute Gautier qui a exprimé avec le plus d’enthousiasme la fièvre qui animait alors la jeunesse intellectuelle et artiste : "Les générations actuelles doivent se figurer difficilement l’effervescence des esprits à cette époque ; il s’opérait un mouvement pareil à celui de la Renaissance. Une sève de vie nouvelle circulait impétueusement. Tout germait, tout bourgeonnait, tout éclatait à la fois. Des parfums vertigineux se dégageaient des fleurs; l’air grisait, on était fou de lyrisme et d’art. Il semblait qu’on vînt de retrouver le grand secret perdu, et cela était vrai, on avait retrouvé la poésie […] Dans l’armée romantique comme dans l’armée d’Italie, tout le monde était jeune […]".

Poussée à bout par la politique ultra du ministère Polignac et par la publication des Ordonnances, dont la première porte la suppression de la liberté de la presse, c’est cette jeunesse, issue de la bourgeoisie libérale, qui appelle à la révolution le peuple parisien, à commencer par les artisans du livre, typographes, ouvriers imprimeurs . "Ce ne sont pas des hommes faits, ce ne sont pas des chefs révolutionnaires connus de la foule, ce sont des jeunes gens de nos écoles de médecine, des élèves en droit, des élèves de l’École polytechnique qui, l’épée à la main, ont conduit le peuple à l’attaque du château (Le Louvre et les Tuileries)" écrit un témoin des trois journées glorieuses.

Depuis quatre ans déjà, Gérard a mis sa plume au service de l’opposition aux ultras congrégationnistes en multipliant chez Touquet les petites publications satiriques. Il accueille donc avec enthousiasme les journées révolutionnaires de juillet, auxquelles il semble même avoir activement participé, si l’on en croit un feuillet manuscrit autographe, ébauche de "Mémoires d'un Parisien", où il décrit son trajet à travers Paris en émeute, de la place Saint-Michel à la rue Coquillière où habite son grand-père Laurent :

Après quelques coups de feu, le poste de la place Saint-Michel se rendit à nous. J’arrivai en remontant la rue Saint-Michel à la maison du bibliophile Jacob [Paul Lacroix, qui habitait rue de Tournon] que j’étonnai de mes récits de victoire. À l’imprimerie de Béthune [rue Palatine, près de l’église Saint-Sulpice], on construisait une barricade. Je crus devoir rendre visite au vénérable Laurentie qui demeurait alors rue du Pot-de-Fer [aujourd’hui rue Bonaparte. Nerval a corrigé au crayon rue Cassette]. Il me demanda avec intérêt des nouvelles de son ami Jules Janin, qui m’avait présenté à lui et me parut fort au courant de la révolution qui se préparait. Ses amis Martignac et Lammenais n’y étaient pas étrangers. Je le quittai pour repasser la Seine et j’allai déjeuner avec deux amis qui eux-mêmes se préparaient au combat. Le pont des Arts était désert et je le passai pour la première fois gratis. On se battait sur le Pont-Neuf. En longeant les arcades du vieux palais des Médicis, je parvins à gagner la porte méridionale du Louvre et je vis rangés sur la place plusieurs carrés d’artillerie. Les lanciers étaient postés derrière l’hôtel de Nantes [cour du Carrousel, comme le Doyenné]. Sur la place du Palais-Royal, je fus arrêté et conduit à un officier qui me dit : "Je ne vous conseille pas d’aller plus loin, dans la rue Montesquieu, vous rencontrerez les Suisses". Je souris des craintes de ce brave homme et je gagnai la rue du Bouloi [du carrefour des rues Montesquieu et Croix-des-Petits-Champs, elle débouche rue Coquillière] en heurtant du pied des morts et des mourants. J’atteignis enfin la maison de mon grand-père, chez lequel je fis un léger repas. Il voyait avec douleur se renouveler les scènes de la première révolution.

Et pour célébrer les insurgés de juillet, Gérard compose une ode intitulée Le Peuple, publiée le 14 août dans Le Mercure de France du dix-neuvième siècle.

Si la révolution politique triomphe en juillet, chassant définitivement les Bourbons, la révolution artistique et littéraire, elle, s’est déclarée dès février 1830, avec la bataille d’Hernani, et la constitution du petit Cénacle dans l’atelier de Jehan Du Seigneur durant l’été. Gérard y prend bien entendu une part active. Mais il est dans la même période un autre Nerval, plus secret, qui travaille en silence sur les innovations formelles de la Pléiade et sur les poètes allemands, se ralliant sans doute plus par opportunisme que par conviction au maître incontournable qu’est devenu Victor Hugo.

TroisGlorieuses1
LePeuple

28 juillet, émeutes rue Saint-Antoine

Le Peuple, publié anonymement, en plaquette

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