oeuvres essais poetiques
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SYLVIE LÉCUYER - GÉRARD DE

LES ANNÉES CHARLEMAGNE

Il est toujours fascinant de suivre les tout débuts d'une carrière littéraire. Transplanté de Mortefontaine à Paris, Nerval, de 1815 à 1826, va prendre conscience de sa vocation littéraire et des moyens de la mettre en oeuvre, dans le climat de la Restauration.

 

"J’avais sept ans et je jouais, insoucieux, sur la porte de mon oncle, quand trois officiers parurent devant la maison; l’or noirci de leurs uniformes brillait à peine sous leurs capotes de soldat. Le premier m’embrassa avec une telle effusion que je m’écriai:’Mon père!... tu me fais mal!’ De ce jour, mon destin changea. Tous trois revenaient du siège de Strasbourg..."Aux chapitres IV et V de Promenades et Souvenirs, publié le 6 janvier 1855, 20 jours exactement avant son suicide, Nerval recompose une image synthétique de sa petite enfance et de son adolescence. La scène fondatrice du "retour du père", retrouvé, dit-il, à l’âge de sept ans, nous renvoie en 1815. Rendu à la vie civile, le Dr Labrunie, reprend, au 96 puis au 72 de la rue Saint-Martin, son activité de médecin, spécialisé en gynécologie :"Une des belles dames qui visitaient mon père...". Nerval est un enfant fragile, à qui l’on enseigne apparemment à domicile "l’italien, le grec et le latin, l’allemand, l’arabe et le persan" , nous dit-il, mais aussi les arts, la danse et la musique, avec "un mulâtre nommé Major" (originaire de Saint-Domingue, dont la présence est obsessionnelle dans la Généalogie ?), le dessin avec "un peintre de portraits nommé Mignard". Comme beaucoup d’enfants, il crée de petits drames, joués en famille "public bienveillant [qui] nous comblait d’éloges et de couronnes". Mais la vraie passion, c’est la littérature : "Le Pastor fido, Faust, Ovide et Anacréon étaient mes poèmes et mes poètes favoris..." Cette période, Nerval dit l'avoir vécue comme un âge d’or, à la manière des premières lignes des Confessions de Jean-Jacques Rousseau enfant de connivence avec son père.

 

En octobre 1822, Nerval est inscrit en 3e au collège Charlemagne, redouble cette classe, avant de faire en 1824 et 1825 sa Seconde et sa Rhétorique... qu’il lâche en cours d’année. Pendant ces quatre années, il remplit deux cahiers d'écolier de ses premiers poèmes. L’année suivante, il est inscrit en Philosophie, mais ne passe pas le baccalauréat, où il ne se présentera qu’en 1829, sans conviction et sans panache. C’est qu’il a mieux à faire; les Epîtres à Duponchel le disent sur le mode comique, l’Odelette Le Soleil et la Gloire de 1831 le dira sur un mode plus douloureux: la vocation d’écrire, et de gagner la célébrité par l’écriture, s’est emparée de lui.

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