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SYLVIE LÉCUYER - GÉRARD DE
Nerval4

Dans un fragment demeuré manuscrit, qui semble bien être une première ébauche du chapitre de Promenades et Souvenirs, Nerval évoque à nouveau, à Senlis la scène du choeur des jeunes filles du début des Faux Saulniers. Mais cette fois, l'une d'elles a un nom, Émerance, et par bien des côtés, elle ressemble à Adrienne.

Au bas de la rue de la Préfecture est une maison devant laquelle je n’ai pu passer sans émotion. Des touffes de houblon et de vigne vierge s’élancent au-dessus du mur ; une porte à claire-voie permet de jeter un coup d’œil sur une cour cultivée en jardin dans sa plus grande partie, qui conduit à un vestibule et à un salon placés au rez-de-chaussée. Là demeurait une belle fille blonde qui s’appelait Émerance. Elle était couturière et vivait avec sa mère, bonne femme qui l’avait beaucoup gâtée et une sœur aînée qu’elle aimait peu, je n’ai jamais su pourquoi. J’étais reçu dans la maison par suite de relations d’affaires qu’avait la mère avec une de mes tantes […]"

"Un rayon de soleil est venu découper la merveilleuse architecture de la cathédrale – mais ce n’est plus le temps des descriptions gothiques, j’aime mieux ne jeter qu’un coup d’œil aux frêles sculptures de la porte latérale qui correspond au prieuré. – Que j’ai vu là de jolies filles autrefois ! L’organiste avait établi tout auprès une classe de chant, et quand les demoiselles en sortaient le soir, les plus jeunes s’arrêtaient pour jouer et chanter sur la place. J’en connaissais une grande, nommée Émerance, qui restait aussi pour surveiller sa petite sœur. J’étais plus jeune qu’elle et elle ne voyait pas d’inconvénient à ce que je l’accompagnasse dans la ville et dans les promenades, d’autant que je n’étais alors qu’un collégien en vacances chez une de mes tantes. – Je n’oublierai jamais le charme de ces soirées. Il y a sur la place un puits surmonté d’une haute armature de fer ; Émerance s’asseyait d’ordinaire sur une pierre basse et se mettait à chanter, ou bien elle organisait les chœurs des petites filles et se mêlait à leurs danses. Il y avait des moments où sa voix était si tendre, où elle-même s’inspirait tellement de quelque ballade langoureuse du pays que nous nous serrions les mains avec une émotion indicible. J’osais quelquefois l’embrasser sur le col, qu’elle avait si blanc, que c’était là une tentation bien naturelle ; quelquefois elle s’en défendait et se levait d’un air fâché.

J’avais à cette époque la tête tellement pleine de romans à teinte germanique que je conçus pour elle la passion la plus insensée ; ce qui me piquait surtout c’est qu’elle avait l’air de me regarder comme un enfant peu compromettant sans doute. L’année suivante, je fis tout pour me donner un air d’homme et je parus avec des moustaches, ce qui était encore assez nouveau dans la province pour un jeune homme de l’ordre civil.

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